Vous avez marché jusqu’à la boulangerie, monté deux étages sans ascenseur, porté les courses, jardiné ou joué avec les enfants.
Mais si quelqu’un vous demande : « Vous faites du sport ? », vous répondez peut-être :
« Non, pas vraiment. »
Pourtant, vous avez bougé toute la journée.
C’est là que les mots peuvent brouiller les pistes. Mouvement, activité physique, exercice et sport ne désignent pas exactement la même chose.
Et l’activité physique ne commence pas au moment où l’on enfile une paire de baskets.
Alors, de quoi parle-t-on exactement ?
Le mouvement : le terme le plus large
Le mouvement, c’est simplement le fait de bouger son corps.
Se lever, se pencher, attraper un objet, marcher quelques pas, danser dans sa cuisine ou changer de position : tout cela relève du mouvement.
Mais, en santé publique, le terme activité physique a une définition plus précise.
L’activité physique : bien plus que le sport
L’activité physique désigne les mouvements du corps produits par les muscles squelettiques qui entraînent une dépense d’énergie supérieure à celle du repos.
Elle ne se limite donc pas aux loisirs sportifs. Elle comprend aussi les déplacements, le travail, les tâches domestiques et de nombreuses activités de la vie quotidienne.
Marcher, faire du vélo, jardiner, faire le ménage, jouer, porter des charges ou pratiquer un sport peuvent ainsi relever de l’activité physique.
Le sport fait partie de l’activité physique. Mais l’activité physique ne se résume pas au sport.
L’exercice : une activité planifiée
L’exercice physique est une forme particulière d’activité physique.
Il est planifié, structuré et répété, avec l’objectif d’entretenir ou d’améliorer certaines capacités physiques.
Une séance de renforcement musculaire, un entraînement de course ou des exercices de mobilité peuvent entrer dans cette catégorie.
La différence tient donc à la manière dont l’activité est organisée et à l’objectif recherché.
Et le sport ?
Le sport correspond généralement à une pratique physique organisée et codifiée, dans laquelle des règles encadrent l’activité. Il peut être pratiqué pour le loisir, l’entraînement ou la compétition.
Courir pour attraper son bus n’est pas du sport.
Courir régulièrement selon un programme d’entraînement relève davantage de l’exercice.
Participer à une course organisée s’inscrit, lui, dans une pratique sportive.
Les frontières peuvent se recouper. Une même activité peut d’ailleurs relever de plusieurs catégories selon la façon dont elle est pratiquée.
Mais le principe reste simple : le sport est une forme particulière d’activité physique.
Le piège du « je ne fais pas de sport »
Imaginez une journée ordinaire.
Vous accompagnez les enfants à pied. Vous montez les escaliers. Vous marchez jusqu’à l’arrêt de bus. Vous faites quelques courses, portez les sacs et allez chercher votre déjeuner à quelques rues de là.
Le soir, vous préparez le repas, rangez la maison et sortez le chien.
Vous n’avez pas fait de séance de sport.
Mais vous avez été physiquement actif.
C’est justement ce que la définition de l’activité physique permet de comprendre : elle existe dans de nombreux moments de la vie, pas seulement pendant les loisirs sportifs.
Cela ne veut pas dire que toutes ces activités produisent les mêmes effets.
Une promenade tranquille de dix minutes et une randonnée de deux heures ne sollicitent pas le corps de la même façon.
L’activité physique n’est donc pas une catégorie tout ou rien.
Toutes les façons de bouger se valent-elles ?
Non.
L’activité physique varie notamment selon l’intensité, la durée, la fréquence, le type d’effort et le contexte.
Une activité légère
Vous rangez quelques affaires, marchez tranquillement ou faites une petite promenade.
Votre respiration change peu et vous pouvez parler normalement.
L’effort reste faible.
Une activité modérée
Vous marchez d’un bon pas, montez une côte à vélo, jardinez activement ou portez des sacs assez lourds.
Votre respiration s’accélère et votre cœur bat plus vite.
Vous pouvez encore parler, mais vous sentez que vous faites un effort.
Une activité plus intense
Vous courez, pédalez rapidement, montez plusieurs étages à vive allure ou fournissez un effort important.
Votre respiration devient nettement plus rapide et parler devient plus difficile.
L’intensité reste toutefois relative : une même activité peut représenter un effort très différent selon la personne, son âge, ses capacités physiques ou son état de santé.
Une journée ordinaire peut être plus active qu’on ne le pense
Le mouvement se glisse souvent dans des moments auxquels on ne pense pas comme à de « l’activité physique ».
À la maison
Passer l’aspirateur, étendre le linge, bricoler, ranger, monter et descendre les escaliers…
Certaines tâches domestiques sollicitent réellement le corps.
Dans les déplacements
Marcher jusqu’au marché.
Prendre le vélo pour aller travailler.
Descendre du bus un arrêt plus tôt lorsque c’est possible.
Faire certains trajets à pied plutôt qu’en voiture.
Les déplacements actifs constituent eux aussi une source d’activité physique.
Au jardin
Retourner la terre, planter, désherber, déplacer du matériel ou arroser.
Pas besoin de transformer le jardin en terrain d’entraînement : son entretien peut simplement être une occasion de bouger.
Avec les enfants
Jouer dehors, marcher, faire du vélo, courir après un ballon, partir en promenade.
Ici, bouger peut simplement faire partie du jeu.
Pendant les loisirs
Randonnée, vélo, danse, kayak, promenade sur le littoral…
Certaines activités ont un autre avantage : on les pratique pour le plaisir, la découverte ou le partage, sans forcément les vivre comme une « séance ».
C’est l’un des intérêts de regarder l’activité physique au-delà du sport : elle peut trouver sa place dans une vie réelle, avec ses contraintes et ses envies.
Et le sport dans tout ça ?
Le sport offre une autre façon de bouger.
Natation, karaté, football, course à pied, tennis ou renforcement musculaire permettent de consacrer volontairement du temps à une pratique physique.
On peut chercher à progresser, apprendre une technique, suivre un entraînement, respecter des règles ou simplement prendre plaisir à pratiquer avec d’autres.
Pour certains, cette dimension structurée est motivante.
Pour d’autres, l’idée même de « faire du sport » ne donne pas envie de sortir de chez soi.
Les deux profils existent.
L’enjeu de santé publique n’est pas de faire de chacun un sportif, mais de favoriser un niveau d’activité physique favorable à la santé tout en limitant les comportements sédentaires.
Les recommandations internationales rappellent d’ailleurs qu’un peu d’activité physique vaut mieux que pas d’activité du tout.
Le vrai sujet : ne pas rester assis toute la journée
Une autre distinction mérite d’être connue : activité physique et sédentarité ne sont pas les deux extrémités d’une même jauge.
On peut être physiquement actif et passer beaucoup de temps assis.
Prenons une personne qui court 45 minutes le matin, puis travaille devant un ordinateur, prend sa voiture et regarde la télévision le soir.
Elle pratique une activité physique.
Elle peut aussi cumuler de longues périodes de comportement sédentaire.
À l’inverse, une personne qui ne pratique aucun sport peut marcher régulièrement, travailler debout ou se déplacer fréquemment au cours de la journée.
La sédentarité correspond à des situations d’éveil caractérisées par une très faible dépense énergétique, notamment lorsqu’on reste assis, allongé ou debout sans bouger.
Faire du sport ne suffit donc pas à résumer le rapport que nous entretenons avec le mouvement.
Et bouger davantage au quotidien ne rend pas inutile, pour autant, une activité physique régulière d’intensité suffisante.
Ces deux dimensions se complètent.
Alors, faut-il faire du sport pour être en bonne santé ?
La question mérite peut-être d’être déplacée.
Plutôt que de se demander :
« Est-ce que je fais du sport ? »
on peut commencer par regarder :
« Comment est-ce que je bouge au cours de ma journée ? »
Puis :
« Est-ce que je pourrais bouger un peu plus ou rester moins longtemps dans des situations sédentaires ? »
Les recommandations internationales prennent en compte plusieurs dimensions : activité aérobie d’intensité modérée ou soutenue, renforcement musculaire et réduction du temps consacré aux comportements sédentaires.
Chez l’adulte, l’OMS recommande 150 à 300 minutes d’activité aérobie d’intensité modérée par semaine, ou 75 à 150 minutes d’intensité soutenue, ou une combinaison équivalente des deux. Elle recommande également des activités de renforcement musculaire sollicitant les principaux groupes musculaires au moins deux jours par semaine. Elle recommande par ailleurs de limiter le temps sédentaire.
Ces repères sont des recommandations générales de santé publique, pas un programme personnalisé.
Ils ne signifient pas non plus que tout ce qui se passe en dehors de ces créneaux ne compte pas.
Une marche pour aller chercher du pain reste une marche.
Un trajet à vélo reste un déplacement actif.
Une heure passée au jardin met le corps en mouvement.
Une balade reste une occasion de marcher.
La question est plutôt de comprendre comment ces différents moments s’inscrivent dans l’ensemble de notre activité physique.
À retenir
- Bouger ne signifie pas forcément faire du sport.
- L’activité physique comprend aussi les déplacements, le travail, les tâches domestiques et les loisirs.
- L’exercice est une activité physique planifiée, structurée et répétée.
- Le sport correspond généralement à une pratique organisée et codifiée.
- Toutes les activités physiques n’ont pas la même intensité ni les mêmes effets.
- Être actif et limiter la sédentarité sont deux sujets différents.
Et vous, vous bougez quand ?
Pas besoin de chronomètre.
Observez simplement une journée ordinaire.
Combien de temps est-ce que je passe assis ?
Quels déplacements pourrais-je éventuellement faire autrement ?
Quels mouvements font déjà partie de ma journée ?
Quelles activités me procurent réellement du plaisir ?
Et surtout :
qu’est-ce que j’aurais envie de faire davantage, sans transformer ma vie en programme d’entraînement ?
L’activité physique ne commence pas à la porte d’une salle de sport.
Elle peut se trouver dans un escalier, sur un chemin, au jardin, à vélo, au marché, dans une cour d’école ou lors d’une promenade.
Le mouvement fait déjà partie de nos vies. Reste à voir quelle place nous lui donnons.


Laisser un commentaire