« En ce moment, ça ne va pas. » Mais est-ce que cela veut dire que je suis malade ?
Depuis quelques jours, Julie se réveille fatiguée.
Elle dort mal, peine à se concentrer au travail et n’a plus beaucoup d’énergie le soir. Pourtant, il y a encore quelques semaines, tout allait bien. Elle traverse simplement une période compliquée dans son couple.
Alors elle se demande : « Est-ce que je vais simplement mal en ce moment, ou est-ce que je fais une dépression ? »
La question se pose dans bien d’autres situations. Un adolescent devient irritable avant un examen. Un parent se sent dépassé. Après une séparation, quelqu’un ne dort plus. Après un deuil, une personne n’a plus goût à grand-chose.
Ces réactions peuvent être difficiles à vivre sans pour autant correspondre à un trouble psychique.
À l’inverse, un trouble de santé mentale peut être bien réel sans être visible pour l’entourage.
Pour comprendre la différence, il faut donc sortir d’une vision de la santé mentale en deux cases : « tout va bien » ou « je suis malade ».
Aller mal fait aussi partie de la vie
Notre état psychique évolue au cours de la vie. Il dépend notamment de ce que nous vivons, de notre environnement, de nos relations, de notre histoire et de différents facteurs biologiques et sociaux.
Santé publique France distingue notamment deux dimensions : d’un côté, la présence ou l’absence d’un trouble psychique ; de l’autre, le niveau de bien-être ou de mal-être. Ces deux dimensions ne se confondent pas. On peut donc ressentir un mal-être sans présenter de trouble psychique, comme une personne vivant avec un trouble peut connaître des périodes de mieux-être.
Cela permet de comprendre une chose essentielle : ressentir un mal-être n’est pas automatiquement le signe d’une maladie.
Être triste après une rupture, anxieux avant un examen ou épuisé pendant une période particulièrement chargée peut correspondre à une réaction à ce que l’on traverse.
Cela ne signifie pas pour autant qu’il faut banaliser ce que l’on ressent. Une réaction peut être compréhensible et devenir malgré tout trop difficile à supporter ou trop envahissante.
Une émotion n’est pas un diagnostic
Une mauvaise nouvelle arrive.
Le cœur accélère. La gorge se serre. Les pensées tournent en boucle. Les larmes montent.
Il s’agit d’une réaction émotionnelle.
La peur, la tristesse, la colère, la joie ou la surprise font partie de l’expérience humaine. Elles peuvent modifier notre attention, notre comportement et notre manière de réagir à une situation.
La peur peut nous inciter à nous éloigner d’un danger. La tristesse peut accompagner une perte. La colère peut apparaître lorsque nous percevons une injustice ou une limite franchie.
Une émotion peut donc être très intense sans constituer, à elle seule, un trouble psychique.
Le stress, lui aussi, est une réaction normale
Face à une situation difficile, l’organisme peut se mobiliser. Le rythme cardiaque peut augmenter, l’attention se concentrer, les muscles se tendre. On peut aussi devenir plus irritable, avoir des difficultés à se concentrer ou dormir moins bien.
Le stress est une réponse humaine naturelle. Dans certaines situations, il peut contribuer à nous mobiliser pour faire face à une difficulté.
La difficulté apparaît lorsque le stress devient trop important, persistant ou difficile à gérer. Il peut alors avoir des conséquences sur le sommeil, la concentration, les relations ou le fonctionnement quotidien.
Il n’est donc pas pertinent de chercher à supprimer toute réaction de stress. La question est plutôt de savoir comment elle évolue et quelle place elle prend dans la vie quotidienne.
Quand le stress s’installe
Après une situation stressante, les réactions de l’organisme peuvent diminuer lorsque la situation s’améliore ou que la personne parvient à y faire face.
Mais certaines périodes prolongent la tension : difficultés professionnelles, problèmes familiaux, examens, maladie, précarité, séparation ou accumulation de plusieurs événements.
Le sommeil peut se dégrader. On devient plus irritable. On se concentre moins bien. On peut avoir du mal à récupérer.
Ces manifestations ne permettent pas, à elles seules, de poser un diagnostic. Elles indiquent surtout que le stress a des effets sur la personne.
Lorsque ces difficultés deviennent persistantes et commencent à perturber le fonctionnement quotidien, une évaluation professionnelle peut devenir pertinente.
Pourquoi la même situation ne produit-elle pas les mêmes effets ?
Deux étudiants passent le même examen.
Le premier est nerveux mais parvient à travailler normalement.
Le second dort très mal depuis plusieurs nuits, imagine constamment l’échec et n’arrive plus à ouvrir ses cours.
Même examen, mais pas le même contexte.
Les réactions au stress varient d’une personne à l’autre. L’expérience précédente, le contexte dans lequel survient l’événement, le sommeil, l’état de santé, les ressources disponibles ou encore le soutien de l’entourage peuvent également compter.
C’est pourquoi il est difficile de mesurer la souffrance d’une personne uniquement à partir de l’événement qu’elle traverse.
Ce qui semble supportable pour l’un peut devenir très difficile pour l’autre.
Mal-être, période difficile ou trouble psychique ?
La frontière n’est pas toujours évidente.
Une émotion
Elle apparaît en réponse à une situation : une dispute, une mauvaise nouvelle, un examen, une perte.
Elle peut être intense et prendre du temps à s’apaiser.
Une période difficile
Un événement important peut modifier temporairement notre équilibre : séparation, deuil, déménagement, difficultés financières, conflit familial ou changement professionnel.
Pendant cette période, on peut moins bien dormir, pleurer davantage, être irritable ou perdre momentanément son énergie.
Cela ne signifie pas nécessairement qu’il existe un trouble psychique.
Un mal-être qui s’installe
La situation mérite davantage d’attention lorsqu’elle persiste, s’intensifie ou commence à modifier le fonctionnement habituel.
On dort mal.
On s’isole.
On abandonne des activités que l’on aimait.
On peine à travailler ou à étudier.
On a le sentiment de ne plus parvenir à faire face.
Ces signes constituent des repères d’attention, pas un diagnostic.
Un trouble psychique
Un trouble mental correspond à une altération cliniquement significative de l’état émotionnel, cognitif ou comportemental, généralement associée à une souffrance importante ou à des difficultés de fonctionnement dans des domaines importants de la vie.
Le diagnostic repose sur une évaluation clinique. Il ne peut pas être établi à partir d’un seul symptôme ou d’une liste trouvée sur Internet.
Dans le cas d’un épisode dépressif caractérisé chez l’adulte, par exemple, la Haute Autorité de santé prend en compte l’association de plusieurs symptômes, leur durée, leur intensité et leur retentissement. Pour un épisode dépressif caractérisé, les symptômes doivent notamment être présents pendant au moins deux semaines et entraîner une souffrance ou une altération du fonctionnement.
Quelques jours de tristesse ne suffisent donc pas à diagnostiquer une dépression.
De la même façon, être très anxieux dans une situation donnée ne signifie pas nécessairement souffrir d’un trouble anxieux.
🎲 Vrai ou faux ?
« Être triste plusieurs jours signifie forcément être dépressif. »
Faux.
La tristesse peut accompagner une période difficile sans constituer un trouble. Une dépression correspond à un ensemble de symptômes qui répondent à des critères cliniques précis, notamment en matière de durée et de retentissement.
« Une personne qui sourit peut quand même aller mal. »
Vrai.
Les manifestations d’une souffrance psychique ne sont pas nécessairement visibles par l’entourage. Le fonctionnement apparent d’une personne ne suffit donc pas à déterminer son état psychique.
« Demander de l’aide signifie qu’on est malade. »
Faux.
On peut consulter parce qu’une période devient difficile à gérer, parce que des symptômes persistent ou simplement parce qu’on souhaite faire le point.
« Le stress est toujours mauvais pour la santé. »
Faux.
Le stress est une réponse humaine naturelle aux situations difficiles. C’est lorsqu’il devient excessif, persistant ou difficile à gérer qu’il peut avoir des conséquences sur la santé et le fonctionnement quotidien.
Le petit test des 4 questions
Ce n’est pas un test de diagnostic. Simplement quatre questions pour prendre un peu de recul.
Est-ce que cela dure ?
La difficulté devait être temporaire, mais s’installe-t-elle ?
Est-ce que cela s’intensifie ?
Les symptômes ou les émotions deviennent-ils plus difficiles à gérer ?
Est-ce que cela perturbe ma vie ?
Mon sommeil, mon travail, mes études, mes relations ou mes activités habituelles sont-ils affectés ?
Est-ce que je n’arrive plus à faire face ?
Mes ressources habituelles ne suffisent-elles plus ?
Plusieurs réponses positives ne signifient pas automatiquement qu’il existe un trouble.
Elles peuvent cependant constituer un signal pour en parler à un professionnel de santé.
Une souffrance psychique n’est pas toujours visible
Une personne peut continuer à travailler, faire les courses, s’occuper de ses enfants ou plaisanter avec ses amis alors qu’elle rencontre d’importantes difficultés psychiques.
Elle peut aussi minimiser ce qu’elle ressent :
« Je n’ai pourtant aucune raison d’aller mal. »
« D’autres ont des problèmes bien plus graves. »
« Je devrais réussir à gérer. »
Ces comparaisons ne permettent pas de mesurer une souffrance.
La question est plutôt de savoir ce que la personne ressent, depuis combien de temps et avec quelles conséquences sur sa vie.
Il n’est pas nécessaire d’attendre d’aller très mal pour demander de l’aide
Consulter n’est pas réservé aux situations les plus graves.
On peut en parler à son médecin parce qu’on dort mal depuis plusieurs semaines, parce qu’on se sent dépassé, parce qu’une situation devient difficile à comprendre ou parce qu’on ne retrouve plus son fonctionnement habituel.
Selon la situation, un médecin, un psychologue ou un psychiatre peut aider à faire le point et à déterminer si un accompagnement est nécessaire.
En France, Mon soutien psy permet actuellement aux personnes dès 3 ans en souffrance psychique légère à modérée d’accéder directement à un psychologue conventionné. Le dispositif prévoit un entretien d’évaluation puis jusqu’à 11 séances de suivi, soit 12 séances au total dans le cadre habituel du dispositif.
Le dispositif peut également orienter vers une prise en charge différente lorsque la situation présente des signes de gravité ou nécessite l’intervention d’un psychiatre.
Demander de l’aide ne signifie donc pas nécessairement : « Je suis malade. »
Cela peut simplement vouloir dire : « Je rencontre une difficulté et j’aimerais faire le point. »
Quand la situation devient urgente
Certaines situations nécessitent une aide rapide, notamment lorsqu’une personne pense au suicide, se sent en danger ou présente un risque immédiat pour elle-même.
En France, le 3114, numéro national de prévention du suicide, est gratuit, confidentiel et accessible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Il s’adresse aux personnes en souffrance comme à leur entourage.
En cas de danger immédiat, il faut contacter les services d’urgence.
À retenir
Aller mal ne signifie pas automatiquement être malade.
Une émotion, une réaction au stress ou une période difficile peuvent faire partie de la vie sans constituer un trouble psychique.
Mais une souffrance mérite une attention particulière lorsqu’elle s’installe, s’intensifie ou modifie durablement le fonctionnement quotidien.
Et surtout, il n’est pas nécessaire d’attendre d’aller très mal pour demander de l’aide.
La bonne question n’est donc pas toujours :
« Est-ce que je suis malade ? »
Elle peut commencer plus simplement par :
« Qu’est-ce qui m’arrive en ce moment ? Depuis combien de temps ? Et est-ce que cela commence à modifier ma vie ? »
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Sources
- Santé publique France — Santé mentale : enjeux de santé
- Organisation mondiale de la Santé — Stress
- Organisation mondiale de la Santé — Troubles mentaux
- Haute Autorité de santé — Dépression de l’adulte : repérage et prise en charge initiale
- Assurance Maladie — Mon soutien psy
- 3114 — Numéro national de prévention du suicide


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