Une petite ferme mayennaise, une quarantaine de chèvres des fossés et une manière bien à elle de vivre son métier. Depuis plus de dix ans, Floriane Favrot transforme le lait de ses animaux en fromage, sans chercher à correspondre à l’image que les autres se font d’une éleveuse.
Au Genest-Saint-Isle, en Mayenne, Floriane Favrot élève une quarantaine de chèvres des fossés et transforme leur lait en fromage de chèvre biologique. Installée à la Ferme du Haut Coudray depuis 2015, elle raconte un métier fait de travail quotidien, d’effort physique, de liens avec les animaux et d’une charge émotionnelle dont on parle peu. Avec une idée simple : exercer son métier d’éleveuse à sa manière, au plus près de ses convictions, sans trop se préoccuper de ce que les autres attendent d’elle.
Une petite ferme et une quarantaine de chèvres
La Ferme du Haut Coudray s’étend sur 17 hectares de prairies, de talus, de broussailles et de forêt. C’est là que pâture, tout au long de l’année, une quarantaine de chèvres des fossés.
De février à octobre, les animaux produisent du lait que Floriane Favrot transforme elle-même en fromage. Ses produits sont ensuite vendus directement, notamment sur de petits marchés de producteurs.
Lorsqu’elle parle de son métier, Floriane Favrot ne cherche pas à lui donner un autre nom que celui qu’elle lui connaît.
« Je suis paysanne, chevrière, je m’occupe du mieux que je peux de mes chèvres. Je suis fromagère, je transforme leur lait en fromage et les vends. »
Derrière cette apparente simplicité se trouve un quotidien qui ne s’arrête jamais vraiment.
« Ce que j’aime le plus, ce sont les animaux »
Avant de s’installer à la Ferme du Haut Coudray en 2015, Floriane Favrot avait déjà fait plusieurs années d’élevage. Entre 2010 et 2014, elle était installée en GAEC avec une ancienne associée.
L’idée était venue presque simplement, au détour d’une question : « Ça ne te dirait pas de t’installer en chèvre avec moi ? »
La proposition a fait son chemin. Puis sont venues les visites, les rencontres et le woofing. Quelques années plus tard, les deux femmes s’installaient ensemble en élevage caprin, avec transformation fromagère et vente directe.
Aujourd’hui, ce qui plaît le plus à Floriane Favrot reste aussi ce qui peut être le plus difficile : les animaux.
« Ce que j’aime le plus, ce sont les animaux, m’occuper d’eux. Même si c’est également le plus difficile : maladie, mort, blessure. »
Elle aime également le travail dehors et le bricolage. Des aspects qui occupent une grande partie de ses journées, loin de l’image parfois idéalisée que l’on peut avoir d’une petite ferme.
Des journées qui commencent avec les chèvres et se terminent avec elles
Le matin commence par la traite. Il faut ensuite préparer un parc et sortir les chèvres, avant une pause café.
Selon les jours, Floriane Favrot rejoint ensuite la fromagerie. Certaines journées sont consacrées à la transformation du lait, d’autres incluent des livraisons.
L’après-midi, il y a, précise-t-elle, « sieste, très important ». Puis le travail reprend : préparer les parcs et les clôtures, apporter de l’eau aux animaux, gérer l’administratif, bricoler, curer et nettoyer.
Certains soirs sont consacrés à la vente, en AMAP ou sur les marchés de producteurs. Et il faut ensuite rentrer les chèvres, leur remettre du foin et de l’eau.
Le métier, rappelle-t-elle, ne se résume pas aux moments visibles par les clients lorsqu’ils achètent un fromage sur un marché.
« Le travail tous les jours du lundi au dimanche. La quantité de travail administratif. L’effort physique. Et le plus important : la charge émotionnelle. »
Cette dernière dimension est, pour elle, centrale. Car travailler avec des animaux, c’est aussi composer avec la maladie, les blessures et la mort.
Une relation construite au quotidien
Parmi les choses dont elle est particulièrement fière, Floriane Favrot cite d’abord ses chèvres et « le lien particulier » qui les unit.
Elle dit les connaître individuellement, observer leurs habitudes, leurs caractères et leurs affinités.
« Je leur parle beaucoup, je leur explique tout ce que je fais. »
Pour autant, elle ne cherche pas à idéaliser la relation entre une éleveuse et ses animaux. Floriane Favrot rappelle clairement la réalité de son métier et la responsabilité qu’il implique.
« J’essaye de les respecter au maximum, même si je sais que je les contrains de toute façon. Je reste une éleveuse et elles doivent se plier à mon fonctionnement. »
Sa manière de décrire cette relation tient dans une idée de réciprocité.
« J’aime bien l’idée que c’est un partage : je m’occupe d’elles, j’essaye de faire en sorte qu’elles aient tout ce qu’il leur faut, et en échange elles me donnent du lait. »
Floriane Favrot
La chèvre des fossés, une race adaptée au paysage
Le choix de la chèvre des fossés est directement lié, pour Floriane Favrot, à son environnement et à sa manière d’envisager l’élevage.
Ces chèvres sont adaptées à son système et à son territoire. Elles sont également capables, explique-t-elle, de valoriser les ronces, les broussailles et les talus.
Plus petites et moins productives en lait que certaines races sélectionnées pour l’élevage laitier, elles correspondent à un fonctionnement où l’herbe et le foin constituent la base de leur alimentation.
Mais ce choix est aussi lié à la sauvegarde d’une race.
« Les chèvres des fossés, c’est pour la sauvegarde de la biodiversité. »
Et, ajoute-t-elle avec simplicité :
« Elles sont belles. »
Le choix de l’agriculture biologique s’inscrit, chez elle, dans une réflexion tout aussi directe.
« Le bio n’est pas une option, c’est la nature. »
Floriane Favrot porte sur cette question un regard critique. Pour elle, ce n’est pas l’agriculture biologique qui devrait apparaître comme une exception, mais les pratiques qui reposent sur l’utilisation de produits qu’elle considère comme non naturels.
Une position assumée, à l’image de son rapport plus général à son métier.
« Aller de l’herbe aux fromages »
Transformer elle-même le lait produit par ses chèvres est une étape essentielle de son activité.
« J’ai envie de bien valoriser le lait qu’elles me donnent tous les jours. »
Sa façon de résumer son travail tient dans cette phrase :
« Pour moi, c’est important d’aller de l’herbe aux fromages. »
Une continuité qui relie, dans son quotidien, les prairies où pâturent les animaux, le lait produit au fil des saisons et les fromages proposés directement aux consommateurs.
Cette vente directe crée également une relation particulière avec les personnes qui achètent ses produits.
« Il y a souvent un lien qui se crée. Ce ne sont plus des clients, il y a une relation amicale qui se crée. »
Faire à sa façon
Née en Mayenne, Floriane Favrot y est restée. Elle apprécie particulièrement la ruralité du département, tout en précisant que son installation aurait pu avoir lieu ailleurs.
« J’aime la Mayenne pour sa ruralité. »
Son rapport au territoire n’est pourtant pas celui d’un discours convenu sur l’ancrage local.
Lorsqu’on lui demande en quoi son activité contribue au mieux-être du territoire, elle répond sans chercher à embellir sa position.
« Je ne sais pas trop. Je ne suis pas sûre de ça. »
Elle poursuit :
« J’ai souvent l’impression d’être celle qui dérange dans ma commune, celle qui ne fait pas comme les autres, qui ne se comporte pas comme on l’attend. »
Une réponse qui dit aussi quelque chose de son parcours et de sa manière de travailler. Floriane Favrot reconnaît elle-même être fière d’avoir « fait à sa façon sans se préoccuper des autres ».
Elle ne prétend pas changer un territoire. Elle ne cherche pas non plus à présenter son activité comme un modèle.
Son attachement le plus évident reste celui qui la lie à ses animaux et à cette ferme où, depuis plus de dix ans, les journées commencent et se terminent avec les chèvres.
Continuer à faire ce métier difficile, physique et émotionnel, en essayant de prendre soin de ses animaux « du mieux que je peux », tout en refusant de devenir quelqu’un d’autre pour correspondre à ce que l’on attend d’une éleveuse : c’est peut-être ainsi que Floriane Favrot résume le mieux son parcours.
La Ferme du Haut Coudray
Floriane Favrot
Éleveuse de chèvres des fossés et productrice de fromage de chèvre bio
Ferme du Haut Coudray
Élevage de chèvres des fossés
53940 Le Genest-Saint-Isle
Téléphone : 06 22 11 04 74
Site internet :
www.ferme-caprine-haut-coudray.fr
À découvrir également :
Association de sauvegarde et de protection de la chèvre des fossés
Les lieux et marchés habituels de vente :


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