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Gilles Rouillard, apiculteur à la retraite, reste au rythme des abeilles

À La Croixille, en Mayenne, Gilles Rouillard poursuit une histoire commencée il y a près de quarante ans avec les abeilles. Aujourd’hui retraité, cet apiculteur passionné conserve encore une cinquantaine de ruches et une vingtaine d’essaims. De ses ruchers locaux, il récolte notamment des miels de fleurs de printemps, de fleurs d’été et de forêt, au gré des floraisons et des saisons.

La beauté comme point de départ

Lorsqu’il cherche ce qui l’a conduit vers l’apiculture, Gilles Rouillard ne parle ni de vocation ni de tradition familiale. Le premier mot qui lui vient est plus simple : la beauté.

« Beauté de la nature, des fleurs, du soleil », résume-t-il.

Ses parents étaient agriculteurs et son père possédait quelques ruches. Enfant, Gilles se sent déjà attiré par la nature. Pourtant, il ne travaille pas réellement avec les abeilles de son père. C’est bien plus tard, à la faveur d’un projet d’installation avec des connaissances, qu’il se rapproche de l’apiculture.

Le projet n’aboutira pas, mais il aura une conséquence décisive : Gilles entreprend une formation en apiculture et découvre alors qu’il pourrait en faire son métier.

En 1987, à 29 ans, il s’installe en Ardèche avec quelques ruches et développe progressivement son activité.

Ce qui le retient dans l’apiculture tient aussi à une expérience très concrète de la nature. Les abeilles sollicitent les sens : la vue avec les fleurs, l’odorat avec le miel et la cire, le goût, le toucher et, bien sûr, l’ouïe avec le bourdonnement des colonies et les sons qui les entourent.

« Les abeilles mettent en éveil les sens. »

Sur les ruches, Gilles travaille d’ailleurs autant que possible à mains nues. Une manière pratique de travailler, mais aussi une importance particulière accordée au toucher.

De l’Ardèche à la Mayenne, une vie professionnelle en plusieurs temps

L’apiculture professionnelle ne sera pourtant pas un chemin linéaire.

Au fil des années, les contraintes physiques du métier — notamment pour le dos et les articulations — amènent Gilles à s’interroger sur sa capacité à exercer cette activité toute sa vie. Il ressent également l’envie de s’orienter vers le « relationnel ».

En 1999, il entreprend une formation dans le social et vend son exploitation apicole. Sa vie personnelle le conduit ensuite vers Rennes en 2001, puis vers une vie plus mobile dans son secteur professionnel.

Mais l’apiculture n’a pas disparu.

En 2015, alors que ses conditions de travail se dégradent fortement dans la structure où il exerce, Gilles décide de quitter son poste et de revenir à ce métier qu’il connaît déjà.

Cette fois, l’activité prend une autre dimension. Il développe progressivement son cheptel jusqu’à atteindre environ 300 colonies autour de 2020.

Depuis plusieurs années, son activité évolue à nouveau. Gilles a pris sa retraite officielle en avril 2025. Il reste néanmoins apiculteur à La Croixille, en Mayenne, où il conserve aujourd’hui une cinquantaine de ruches et une vingtaine d’essaims. Il continue notamment à vendre des essaims ou des ruches en petites quantités.

Des miels au rythme du territoire

À La Croixille, Gilles récolte localement plusieurs variétés de miel, directement liées aux floraisons et aux ressources disponibles autour de ses ruchers.

Au printemps, il produit un miel de fleurs de printemps, issu notamment des arbres fruitiers et des pissenlits.

L’été apporte une autre dominante, avec un miel de fleurs d’été où se retrouvent principalement le châtaignier, les ronces et le trèfle blanc.

Il récolte également un miel de forêt, composé principalement de miellat de chêne.

Certaines récoltes restent plus incertaines. C’est notamment le cas de l’acacia et du sarrasin, dont la production varie selon les années et les conditions rencontrées.

Cette diversité illustre une réalité fondamentale de l’apiculture : le miel dépend du territoire, des floraisons, de la météo et de ce que les abeilles trouvent effectivement à leur disposition.

Pas de journée type chez l’apiculteur

Chez Gilles, le calendrier appartient autant aux abeilles qu’à la météo.

Il n’existe pas véritablement de journée type. Après s’être levé tôt, il commence par une courte méditation et quelques mouvements corporels. Ensuite, la journée se construit en fonction des besoins du moment, de la saison, des températures, de la pluie ou encore des livraisons à effectuer.

En hiver, les journées peuvent être davantage programmées. Au printemps, en revanche, le temps peut bouleverser le programme à tout moment.

Les visites aux ruchers ont généralement lieu l’après-midi, lorsque les températures sont suffisamment élevées. Mais lorsque les fortes chaleurs s’installent, Gilles adapte son organisation : il intervient dès le matin afin de travailler plus longtemps avant les heures les plus chaudes.

Cette capacité d’adaptation fait partie intégrante du métier.

L’apiculture donne une certaine liberté, mais cette liberté n’a rien d’absolu. Elle s’accompagne de contraintes économiques, administratives et physiques.

« Avec des contraintes, bien sûr : obligation de revenu, contraintes administratives, etc., cependant nous sommes notre propre patron. »

Un métier beaucoup plus exigeant qu’il n’y paraît

L’image de l’apiculteur travaillant tranquillement au milieu de ses ruches est loin de résumer la réalité du métier.

Gilles insiste sur un aspect souvent méconnu : l’apiculture professionnelle est une activité chronophage et énergivore.

« Ce n’est pas pour rien qu’il y a peu d’apiculteurs professionnels. »

Pour s’en rendre compte, il suffit de regarder tout le matériel nécessaire. Ruches, équipements, stocks et différents outils représentent une organisation importante, souvent invisible depuis l’extérieur.

Le métier demande également une véritable technicité. Gilles constate que certaines personnes souhaitent débuter avec quelques ruches sans avoir suivi de formation et sous-estiment la complexité de l’activité.

Selon lui, cette méconnaissance peut facilement conduire à l’échec.

Derrière le geste apparent — ouvrir une ruche, observer une colonie, récolter du miel — se trouve donc un ensemble de connaissances et de savoir-faire qui s’acquièrent avec l’expérience et la formation.

« Être en osmose avec la nature »

Le mot lui-même l’amuse : Gilles parle d’« osmose » avec la nature.

Chez lui, l’expression n’a rien d’une formule abstraite. Elle renvoie à l’observation du lien entre les abeilles et les plantes à fleurs.

Les abeilles dépendent des ressources florales, notamment du nectar, et participent à la pollinisation de nombreuses plantes. En retour, l’apiculteur leur fournit un habitat en installant les ruches.

Mais Gilles se méfie d’une vision trop domestiquée de l’abeille.

Les abeilles sont dites « domestiques », rappelle-t-il, mais il aime les considérer autrement : comme des êtres capables de se débrouiller par eux-mêmes.

« Je suis sûr que si on leur demande leur avis elles vont dire qu’elles sont sauvages. »

Cette façon de regarder les colonies dit beaucoup de son rapport à l’apiculture. Il ne s’agit pas seulement de produire du miel, mais d’observer un système vivant et d’y trouver sa place.

Cette relation est toutefois devenue plus complexe avec les transformations de l’environnement et l’apparition de nouveaux parasites. Gilles souligne que la mondialisation et ces nouveaux parasites obligent aujourd’hui les apiculteurs à intervenir de manière régulière pour préserver leurs colonies.

Une place, même modeste, dans le « concert de la nature »

Parmi les aspects de son parcours dont il est fier, Gilles ne cite pas une production ou un volume de ruches.

Il parle plutôt de sa participation, « à son humble niveau », au lien qui unit le végétal et les pollinisateurs.

C’est aussi ce qui explique son découragement lorsqu’il est confronté aux épandages de pesticides.

Après des décennies passées auprès des abeilles, son regard reste celui de quelqu’un qui observe avant tout un ensemble : les insectes, les fleurs, les saisons, la météo et les gestes humains qui influencent cet environnement.

Aujourd’hui, la retraite officielle n’a donc pas signifié l’arrêt des ruches. À La Croixille, Gilles continue d’entretenir une partie de son cheptel et de récolter les miels que lui offrent les floraisons locales.

Le statut a changé, mais le lien demeure.

Et lorsqu’il cherche à résumer ce qui l’a retenu toutes ces années auprès des abeilles, deux mots reviennent : la beauté et la liberté.

Gilles Rouillard

Apiculteur à la retraite
La Croixille, Mayenne


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