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Différencier bien-être et soin : apprendre à exercer son esprit critique

« Cette pratique m’a fait beaucoup de bien. Est-ce que ça veut dire qu’elle me soigne ? »

La question paraît simple. Pourtant, elle touche à une distinction essentielle.

Une séance de massage peut détendre. Une promenade peut faire du bien au moral. La méditation peut aider certaines personnes à gérer leur stress. Une séance de sophrologie peut procurer un sentiment d’apaisement.

Mais de là à conclure qu’une pratique soigne une maladie, il y a un pas.

Et c’est précisément là que notre esprit critique peut nous aider.

Pas pour tout rejeter. Pas pour devenir méfiant envers chaque nouvelle pratique. Mais pour apprendre à distinguer une expérience personnelle, un bénéfice possible, une promesse et une preuve.

Se sentir mieux n’est pas forcément être soigné

Imaginons que vous ayez passé une semaine particulièrement stressante.

Vous allez marcher pendant une heure. Vous respirez, vous bougez, vous prenez l’air. En rentrant, vous vous sentez plus détendu.

Votre expérience est réelle.

Vous pouvez parfaitement dire :

« Cette promenade m’a fait du bien. »

Mais cela ne signifie pas nécessairement que la promenade a « traité » votre stress au sens médical du terme.

Cette nuance peut sembler minime. Elle ne l’est pas.

Un ressenti nous renseigne sur ce que nous avons vécu. Il ne suffit pas, à lui seul, à déterminer pourquoi nous nous sentons mieux ni à démontrer qu’une pratique traite une maladie.

Notre état peut évoluer pour de nombreuses raisons : le temps qui passe, le repos, le contexte, les attentes, l’environnement, d’autres changements dans notre quotidien…

C’est un peu comme sortir d’une pièce sombre et avoir l’impression que tout est plus lumineux.

L’impression est réelle.

Mais elle ne nous dit pas, à elle seule, pourquoi la lumière a changé.


Bien-être, prévention, accompagnement, soin : de quoi parle-t-on ?

Ces quatre notions sont proches, mais elles ne recouvrent pas exactement la même chose.

Le bien-être : « Comment est-ce que je me sens ? »

Le bien-être concerne notamment le confort, la détente, le plaisir, la qualité de vie ou le sentiment de mieux-être.

Dormir suffisamment, passer du temps dans la nature, pratiquer une activité que l’on aime, prendre un moment pour soi ou retrouver une activité sociale peuvent participer à notre bien-être.

Ce sont des choses importantes.

Mais important ne veut pas forcément dire thérapeutique.

La prévention : « Que puis-je faire pour préserver ma santé ? »

La prévention cherche notamment à réduire certains risques ou à favoriser des comportements bénéfiques pour la santé.

Bouger régulièrement, ne pas fumer, avoir une alimentation variée, se protéger du soleil ou participer à certains dépistages sont des exemples de prévention.

La prévention intervient souvent avant qu’un problème de santé ne survienne, ou pour éviter qu’il ne s’aggrave.

L’accompagnement : « Qu’est-ce qui peut m’aider en complément ? »

Certaines pratiques peuvent être utilisées en complément d’une prise en charge.

Selon les situations et les pratiques, elles peuvent par exemple contribuer au confort, à la détente ou à la qualité de vie.

Le mot important est complément.

Le ministère de la Santé rappelle que certaines pratiques non conventionnelles peuvent avoir une utilité sur certains symptômes, mais que leur efficacité peut rester insuffisamment démontrée. Il souligne également le risque de perte de chance lorsqu’une pratique est utilisée à la place d’une prise en charge nécessaire.

Le soin : « Comment prendre en charge un problème de santé ? »

Le soin intervient dans une autre logique.

Lorsqu’une personne présente une maladie ou un problème de santé, il faut pouvoir l’identifier, en évaluer la situation et déterminer quelle prise en charge est adaptée.

En France, l’établissement d’un diagnostic médical relève notamment des professionnels habilités à exercer la médecine. Le ministère de la Santé rappelle également qu’une thérapeutique ne devrait pas être mise en place sans diagnostic lorsqu’un diagnostic est nécessaire.

Ces catégories peuvent se croiser. Mais elles ne sont pas interchangeables.


« Mais pourtant, ça marche sur moi ! »

C’est probablement l’une des phrases les plus difficiles à questionner.

Parce qu’elle peut être parfaitement sincère.

Une personne peut essayer une pratique et constater une amélioration. Elle peut même avoir l’impression très nette que cette pratique est à l’origine de cette amélioration.

Son expérience mérite d’être entendue.

Mais une expérience individuelle ne permet pas forcément de savoir si la pratique fonctionne de manière générale, pour qui, dans quelles conditions et avec quelle efficacité.

Prenons un exemple.

Vous avez mal à la tête. Vous buvez un grand verre d’eau et votre douleur disparaît.

L’eau a-t-elle forcément « soigné » votre mal de tête ?

Peut-être. Mais votre douleur aurait aussi pu disparaître spontanément quelques minutes plus tard.

C’est toute la difficulté lorsqu’on observe uniquement ce qui se passe avant et après une pratique.

Une expérience est une information. Ce n’est pas toujours une preuve.

C’est une règle simple à garder en tête.

Un témoignage peut donner envie de s’intéresser à une pratique.

Il peut soulever une question.

Mais pour savoir si un effet est réellement lié à une pratique, les chercheurs ont besoin d’aller plus loin et de comparer les résultats dans des conditions permettant de limiter les erreurs d’interprétation.

Un témoignage est une pièce du puzzle. Ce n’est pas le puzzle entier.


« Beaucoup de personnes disent que ça fonctionne »

Là encore, il faut distinguer deux choses.

La popularité d’une pratique nous indique qu’elle est appréciée ou utilisée par beaucoup de personnes.

Elle ne permet pas, à elle seule, de mesurer son efficacité thérapeutique.

Une idée peut être très populaire et pourtant fausse.

À l’inverse, une pratique peu connue peut mériter d’être étudiée.

Notre esprit fait parfois un raccourci :

Beaucoup de gens le pensent → cela doit être vrai.

C’est humain.

Mais en santé, la question intéressante est plutôt :

Sur quoi repose cette affirmation ?


« C’est naturel, donc c’est sans danger »

Voilà une autre petite phrase qui mérite notre attention.

Naturel ne veut pas dire automatiquement sans danger.

De nombreuses substances naturelles ont des effets biologiques importants. Certaines peuvent provoquer des effets indésirables ou interagir avec des médicaments.

Le ministère de la Santé rappelle d’ailleurs que l’origine « naturelle » d’une pratique ou d’un produit ne suffit pas à garantir son innocuité. Les connaissances disponibles sur certaines pratiques non conventionnelles peuvent être limitées, notamment concernant leurs effets indésirables.

Même chose avec les mots :

  • « doux » ;
  • « holistique » ;
  • « ancestral » ;
  • « énergétique » ;
  • « détox » ;
  • « naturel » ;
  • « sans effets secondaires ».

Ces mots ne sont pas des preuves.

Ils peuvent décrire une approche.

Ils ne permettent pas, à eux seuls, de savoir si elle est efficace ou sûre.


« C’est utilisé depuis des siècles »

L’ancienneté peut être intéressante.

Elle peut nous donner envie de comprendre l’histoire d’une pratique, son utilisation ou les raisons pour lesquelles elle s’est maintenue.

Mais elle ne répond pas à une question essentielle :

Est-ce que cette pratique est efficace pour ce problème précis ?

Pendant des siècles, les humains ont utilisé de nombreuses méthodes qui ont ensuite été abandonnées ou corrigées.

La science n’a pas pour objectif de décider qu’une pratique est « moderne » ou « ancienne ».

Elle cherche notamment à déterminer ce qui fonctionne, dans quelles conditions, pour quelles personnes, avec quels bénéfices et quels risques.


« Des études prouvent que… » : quelles études ?

Cette formulation peut donner immédiatement une impression de sérieux.

Mais une étude n’est pas une formule magique.

Lorsqu’une personne affirme :

« Des études prouvent que cette méthode fonctionne »,

on peut simplement apprendre à poser trois petites questions :

Quelles études ?

Sur combien de personnes ?

Qu’ont-elles réellement montré ?

Ce n’est pas être méfiant.

C’est être curieux.

Une étude peut porter sur un petit groupe, mesurer un résultat très précis, présenter des limites ou produire un résultat qui ne suffit pas à conclure que la pratique soigne une maladie.

Et surtout, une seule étude ne résume pas forcément l’ensemble des connaissances disponibles.

C’est pour cela qu’en santé, on regarde l’ensemble des données disponibles plutôt qu’une phrase isolée trouvée sur Internet.


Méfions-nous surtout des promesses qui savent tout faire

Une pratique présentée comme capable d’agir sur :

  • le stress ;
  • le sommeil ;
  • les douleurs ;
  • les troubles digestifs ;
  • les allergies ;
  • les problèmes hormonaux ;
  • les maladies chroniques ;
  • voire le cancer…

devrait nous inciter à ralentir.

Pas forcément à rejeter immédiatement la pratique.

Mais à poser davantage de questions.

Plus une promesse est large, plus il est important de demander :

Pour quel problème ?

Avec quel niveau de preuve ?

Pour quelles personnes ?

Avec quels risques ?

Et par rapport à quoi ?

Une méthode peut éventuellement avoir un intérêt dans un domaine précis sans pour autant être capable de « rééquilibrer tout l’organisme ».


Quelques signaux qui doivent nous faire réfléchir

Il existe des discours de santé qui méritent une vigilance particulière.

Par exemple lorsqu’une personne affirme :

  • détenir une solution qui fonctionne pour presque tout le monde ;
  • pouvoir guérir des maladies très différentes avec une seule méthode ;
  • que la médecine « ne veut pas que vous sachiez » ;
  • que les traitements médicaux sont toujours inutiles ou dangereux ;
  • qu’il faut arrêter un traitement pour suivre sa méthode ;
  • qu’une seule explication permet de comprendre tous vos symptômes ;
  • que les médecins ou les chercheurs seraient incapables de comprendre ce qu’elle sait ;
  • qu’il faut acheter rapidement un programme, une cure ou plusieurs produits pour obtenir des résultats.

Un seul de ces éléments ne suffit pas nécessairement à caractériser une dérive.

Mais leur accumulation doit pousser à la prudence.

La MIVILUDES souligne notamment que certaines dérives thérapeutiques consistent à présenter des pratiques non démontrées comme capables de remplacer des traitements médicaux.


Alors, comment exercer son esprit critique sans devenir méfiant de tout ?

C’est probablement le point le plus important.

L’esprit critique ne consiste pas à répondre :

« Je n’y crois pas. »

Il consiste plutôt à dire :

« Je vais regarder sur quoi repose cette affirmation. »

C’est une différence importante.

On peut être curieux d’une pratique sans lui attribuer immédiatement des vertus qu’elle n’a pas démontrées.

On peut reconnaître qu’une personne se sent mieux sans conclure que la pratique guérit sa maladie.

On peut apprécier une activité de bien-être sans la transformer en traitement.

Et surtout, on peut dire :

« Je ne sais pas encore. »

En santé, cette réponse est parfois beaucoup plus honnête qu’une certitude.


La petite grille Osmose pour décrypter une promesse de santé

La prochaine fois que vous découvrez une nouvelle pratique, une vidéo ou une promesse particulièrement séduisante, prenez quelques secondes.

1. Qu’est-ce qu’on me promet exactement ?

Du bien-être ?
Un soulagement ?
Une prévention ?
Un accompagnement ?
Ou la guérison d’une maladie ?

2. Sur quoi repose cette affirmation ?

Un témoignage ?

Une expérience personnelle ?

Une tradition ?

Une théorie ?

Des études scientifiques ?

3. Les résultats annoncés sont-ils réalistes ?

Une promesse très large mérite généralement davantage de questions qu’une affirmation précise et limitée.

4. Quels sont les bénéfices… mais aussi les risques ?

Une information sérieuse parle des deux.

5. Qui me fait cette promesse ?

Un chercheur ?
Un professionnel de santé ?
Un praticien du bien-être ?
Un vendeur ?
Une personne qui commercialise elle-même la méthode ?

L’intérêt financier ne rend pas automatiquement une information fausse. Mais il est utile de le connaître.

6. Me demande-t-on d’arrêter un traitement ?

Si oui, prudence.

Une pratique complémentaire ne doit pas conduire à abandonner une prise en charge nécessaire sans en parler avec un professionnel de santé.

7. Puis-je trouver la même information ailleurs ?

Comparer plusieurs sources indépendantes est souvent un excellent réflexe.


Une pratique complémentaire peut-elle avoir sa place ?

Oui, mais le mot complémentaire est important.

Certaines pratiques peuvent être recherchées pour leur intérêt en matière de confort, de détente, de qualité de vie ou d’accompagnement.

Leur place dépend cependant de la pratique, de la situation de la personne et du niveau de preuve disponible.

Le ministère de la Santé rappelle d’ailleurs que les pratiques non conventionnelles sont très diverses et que leurs niveaux de connaissance et de preuve ne sont pas homogènes. Certaines peuvent présenter un intérêt pour certains symptômes, tandis que d’autres peuvent être inefficaces ou comporter des risques.

La bonne question n’est donc pas forcément :

« Est-ce que cette pratique est bonne ou mauvaise ? »

Mais plutôt :

« Pour quoi, pour qui, dans quelles conditions et avec quel niveau de preuve ? »

Cette manière de poser la question change beaucoup de choses.


Et quand faut-il consulter ?

Une pratique de bien-être peut avoir sa place dans la vie quotidienne.

Mais elle ne doit pas faire oublier qu’un symptôme peut avoir différentes causes et qu’un diagnostic peut parfois être nécessaire.

Si un problème de santé persiste, s’aggrave, devient inhabituel ou vous inquiète, mieux vaut demander un avis à un professionnel de santé.

Et si une pratique vous propose de remplacer un diagnostic, un traitement ou un suivi médical par sa seule méthode, c’est un signal d’alerte important.

Le ministère de la Santé rappelle que le retard dans une prise en charge nécessaire peut entraîner une perte de chance, notamment pour certaines maladies graves.


L’esprit critique, ce n’est pas fermer la porte

On pourrait croire qu’exercer son esprit critique revient à se méfier de tout.

C’est l’inverse.

L’esprit critique permet de rester ouvert sans être crédule.

Il nous aide à accueillir une nouvelle idée tout en gardant une petite distance.

À écouter un témoignage sans en faire une vérité générale.

À reconnaître qu’une pratique peut procurer du bien-être sans lui attribuer automatiquement un pouvoir thérapeutique.

À regarder les preuves sans oublier la personne.

Et surtout, à accepter l’incertitude lorsqu’elle existe.

À retenir

Se sentir mieux n’est pas forcément être guéri.

Un témoignage n’est pas une preuve.

« Naturel » ne signifie pas automatiquement « sans danger ».

Une pratique complémentaire ne remplace pas nécessairement un soin.

Et une bonne question vaut parfois mieux qu’une réponse trop certaine.

La prochaine fois qu’une promesse de santé vous interpelle, vous n’avez donc pas besoin de tout savoir.

Commencez simplement par demander :

« Qu’est-ce qu’on me promet exactement… et sur quoi est-ce que cela repose ? »

C’est déjà un excellent début pour exercer son esprit critique.


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